Le jour où on m’a abandonnée. (Et comment ça a marqué le reste de ma vie.)



Je sors du long weekend de l’Action de Grâces. Un beau weekend rempli d’amour, collée à ma famille pendant 3 jours, à jouer avec Emma-la-Magnifique, manger, aller aux pommes et rire. Ça fait du bien à chaque fois. Même si c’est pas long, que je ne les vois pas souvent à cause de la distance, c’est comme si ça me remplissait les poumons d’air vital, me faisait gonfler le coeur de bonheur familial.

Mais, à chaque fois, quand ça se termine, le départ de la visite me chavire. Je me retrouve la fleur de peau à l’envers. Et la larme à l’oeil, comme si j’avais 4 ans. C’est fou pareil, j’ai beau me dire que c’est normal, que toute bonne chose à une fin, qu’on va se revoir bientôt, mais à tout coup, ça passe par une séance obligatoire de larmes et de nez rougi.

Et ça ne date pas d’hier.

J’ai toujours eu les fins en horreur, je vous l’ai déjà dit. Petite, je me souviens que lorsque ma cousine Valérie repartait avec ses parents à Sept-Îles, après avoir passé la journée à jouer aux Barbies ou sur les rochers derrière la maison familiale, c’était la crise. La grosse pe-peine. Inconsolable. Comme si on m’arrachait un bout de mon coeur.

J’ai compris plus tard que l’une de mes grandes blessures dans la vie est l’abandon. On en a tous une ou deux qui laissent des cicatrices plus profondes. On pige tous dans le sac: l’abandon, le rejet, la trahison, la honte ou l’injustice. On ne s’en sort pas. Eh bien moi, j’en ai pigé 2 (quelle chance!): l’abandon et le rejet. Big time.

J’ai compris, à grands coups de thérapie, que ça remonte à loin. En fait, ça remonte à mes 2 ans. J’ai toujours su que j’ai failli mourir à cet âge-là. Ça fait partie de mon histoire familiale, mais ça a pris du temps avant de comprendre l’impact que ça avait eu sur ma vie d’adulte.

Pour la petite histoire: on m’a hospitalisée à l’époque pour une fièvre typhoïde. C’était suffisamment grave pour que le médecin dise à ma mère que, si on m’avait emmenée quelques heures plus tard, j’en serais morte. La procédure? Me garder sous observation pendant 10 jours, question de me réhydrater et me redonner des forces avant de sortir. Pour ce faire, on a eu la bonne idée de m’attacher dans un lit d’hôpital, sans doudou ni aucun contact avec ma famille… pendant 10 jours. 10 jours sans voir ta mère ni ton père quand t’as 2 ans, c’est une éternité! Et ça en était suffisant pour que je crois qu’on m’avait abandonnée, laissée à moi-même dans cette chambre aux murs jaunis. (J’en ai encore des flash-backs à l’occasion, c’est fou pareil!)

Moi, petite, peu après mon hospitalisation.

Évidemment quand t’as 2 ans t’es incapable d’expliquer comment tu l’as vécu. C’est pourquoi ma mère ne comprenait pas mes réactions à certaines situations plus tard. Par exemple, en sortant de l’école à 5 ans, je pleurais jusqu’à en saigner du nez si je ne la voyais pas dans la cour d’école. Je me souviens avoir marché, habillée de mon gros suit d’hiver et de mes mitaines vertes, les yeux remplis de larmes et le corps de sanglots, jusqu’à ma mère qui m’attendait… à un coin de rue plus loin qu’à l’habitude. Elle voulait bien faire, me rendre plus autonome. De mon côté, j’étais terrorisée, persuadée qu’elle m’avait abandonnée.

Plus tard, si mes parents s’endormaient avant moi, c’était la panique dans mon petit corps. Ça en prenait pas plus pour que je me sente seule au monde. C’est pourquoi je pouvais leur crier 10 fois « Bonne nuit papa, bonne nuit maman » de mon petit lit, pour être certaine qu’ils n’étaient pas encore couchés. Et que j’étais toujours en sécurité.

Bref, les fins pour moi, peu importe lesquelles, vont réactiver automatiquement ce vieux bobo-là. Pis ça me fait de la peine à chaque fois. Comme si j’avais 2 ans à nouveau. Mais le sachant, je me connais. Je sais que je vais pleurer pareil, ça fait partie de mon fonctionnement, faut que le motton sorte. Mais je sais surtout que ça va passer. Et que l’adulte en moi va remonter à la surface et retrouver le gros bon sens. C’est l’avantage de vieillir et de se connaître, on replonge encore à l’occasion… mais moins longtemps, moins souvent, comme le dirait ma thérapeute.

Julie

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