Drôle de printemps

Photos Julien Faugère



C’est un drôle de temps.

Un drôle de printemps.

De l’extérieur, rien n’y paraît. La neige fond, le temps doux s’installe, même les bernaches sont de retour. À tout coup, je suis émerveillée par le spectacle. Leur envolée a quelque chose de tellement solennel, de plus grand que nature, que je me lance à la fenêtre, à chaque fois, pour les voir passer. Ça m’émeut de beauté.

De l’intérieur, par contre, tout est différent. Bouillant.

De un, parce qu’on est justement, tous à l’intérieur. De nos maisons, de nos appartements, de notre cocon. Mais de notre corps, notre tête et notre coeur aussi. C’est un moment d’intériorité forcé. Où on ne peut pas s’étourdir avec notre agenda rempli, nos semaines de fou, notre horaire chargé, nos soupers, nos activités entre amis. Tout est arrêté. Pour le bien des autres, de la communauté.

Moi qui adore le cocooning, jusqu’à maintenant je dois admettre que ce calme me fait quand même du bien. Ce moment où la Vie a décidé qu’on faisait tous une pause, un gros reset du jeu, j’haïs pas ça. Je fais le plein de séries télé que je n’avais pas encore vues, je fais de la bouffe, je prends l’air aussi. Je passe du temps avec mon mari, mon chat et mon chien. On reste dans notre bulle et, ça adonne bien, parce que notre bulle, je l’ai toujours aimée. Donc, la plupart du temps, ça va.

Y’a d’autres jours où ça va moins bien. Où je me lève avec une boule en plein plexus, la peur s’emparant de mon corps et mon esprit. Une simple tâche du quotidien, comme aller faire mes courses, se transforme en mission anxiogène. On se sent en temps de guerre, le contexte a des airs de fin du monde. J’ai peur pour les gens que j’aime, je m’ennuie moi aussi de mes amis, de ma famille… On passe tous par là. Quand ça m’arrive, ces jours-là, j’essaie de me ramener. De faire confiance. De respirer. De suivre le courant où la vie a décidé de nous emporter.

J’ai toujours su qu’on ne décidait de pas grand chose, là, on en a la preuve, solide. Tout ce qu’on contrôle, c’est nous! Notre comportement (on se lave les mains gang, on reste chez nous!), nos pensées, nos réactions… C’est tout! C’est un exercice majeur pour se le rappeler. Comme si on était rendu à l’examen final, celui du Ministère, et que ça comptait pour 70% de la note!

Bref, on est tous dans le noir, malgré le soleil du printemps.

À nous de se reconnecter à ce qu’on a en-dedans, notre petite voix, notre intuition, pour prendre le bon chemin. À la gang, on va y arriver, j’en suis persuadée.

Pour le moment, prenons tous une grande inspiration et inclinons-nous devant la force de la Vie. Les bernaches sont arrivées. Il y a encore de la beauté.

Ça va bien aller.

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