Sophie Cadieux

On aime son côté pétillant et coloré. On apprécie aussi sa spontanéité rafraichissante. Cette talentueuse comédienne, qui brûle les planches autant qu’elle crève l’écran, nous confie ici les leçons de vie qui lui sont chères.


Sophie Cadieux

#1

Laisser le temps au temps

Je suis une fille d’action qui préfère trouver des solutions aux problèmes rapidement. J’ai toujours été le genre de personne à me dire: « on est là, alors on va monter la montagne », même si je n’ai pas vérifié qu’on soit bien équipé pour le faire. Je me laisse beaucoup guider par ce que je ressens. Je déteste remettre des trucs à plus tard. Je n’aime pas quand les choses prennent trop de temps, je préfère quand elles existent rapidement. Si on me propose quelque chose, j’ai tendance à répondre: ben faisons-le et voyons. Et j’agis comme ça pour les petites comme pour les grandes décisions. Des fois, ça me sert, parce que je ne me pose pas 200 000 questions avant d’agir. Par contre, dans les dernières années, je réalise que ce n’est pas de la fainéantise que de prendre du temps pour prendre une décision ou faire quelque chose.

J’apprends à dompter mon côté très volontaire et impulsif. Je me rends compte que c’est bien de laisser mûrir les choses plutôt que d’agir sur un coup de tête. Que ce n’est pas de perdre son temps que de prendre le temps.

J’ai constaté que j’étais davantage obsédée à descendre ma « to-do list » qu’à bien la faire. Dans une journée, je me prévoyais 10 rendez-vous pour en finir avec ma liste le plus rapidement possible. En assistant à mes rencontres, je me rendais compte que je n’avais pas eu le temps de me préparer correctement. À la maison, je commençais une brassée de lavage, je montais en haut et je décidais d’enlever deux tablettes dans ma garde-robe pour ensuite réaliser que j’avais quelque chose sur le feu dans la cuisine. À trop vouloir faire des choses pour gagner du temps, je finissais par en perdre… J’en étais devenue étourdie et j’étais souvent déçue du résultat. J’avais une « écoeurantite » d’avoir l’impression de brasser beaucoup d’air et de corder mon agenda de façon un peu débile pour finir par me dire qu’il y avait sûrement une meilleure façon de faire les choses.

Depuis que je fais les choses différemment, je remarque que ça a un impact positif autant sur ma vie professionnelle que personnelle. Quand je souhaite exprimer un sentiment, je retourne un peu dans ma tête et je laisse le temps au temps. Ça me permet d’avoir une vision un peu plus globale et moins égocentrique. Je me fais plus souvent l’avocat du diable et je deviens plus emphatique face à la situation de l’autre.

Alors que j’ai toujours marché vite, je redécouvre ce que c’est que de marcher plus lentement, de regarder le sol que je ne voyais plus depuis longtemps. Je prends le temps de m’asseoir au parc et d’admirer la forme des nuages avec mon gars. Je découvre une autre façon de voir le temps.

#2

Cultiver son imperfection

Dès que je suis tombée enceinte, j’ai accepté qu’il y aurait des choses qui seraient imparfaites et que la plus belle chose que je pourrais donner à mon enfant c’est de rester moi-même. Et ce, même si je ne suis pas une personne très organisée et que je n’aime pas respecter un horaire strict et établi! J’ai la chance d’avoir un enfant qui vit parfaitement bien avec la vie que j’ai choisie. Il réagit très bien au fait que je joue au théâtre le soir, qu’on voyage, et que l’on n’ait pas de routine établie. Il y a quelque chose de ben l’fun dans le fait de ne pas me soucier de vouloir tout bien faire. Ça m’aide à me déculpabiliser. J’ai décidé que je ne voulais pas subir la pression de l’idéal de la maternité décrit de nos jours. J’ai souvent oublié des couches, mais on a eu beaucoup de plaisir. On a fait un voyage en Asie avec notre enfant. On est partis 3 mois avec nos sacs à dos. J’ai trouvé que c’était un beau don à la famille et une expérience très précieuse, même si ce n’est peut-être dans l’ordre habituel des choses. Quand on choisit le métier de comédienne, on fait aussi le choix d’être en marge d’une routine. Peut-être que ça changera quand mon enfant ira à l’école, mais pour l’instant, on fait les choses à notre rythme. On n’arrive pas à heure fixe à la garderie et il y a des semaines où mon garçon se fait garder 5 soirs. Par contre, on est capable de prendre de longues vacances avec lui.

#3

Refuser mon syndrome de l’imposteur

J’ai eu la chance de commencer à pratiquer rapidement mon métier. Au début, à chaque fois que je recevais des invitations pour des choses qui semblaient me surpasser – écrire quelque chose, faire de la mise en scène ou jouer un rôle qui n’était pas dans mon casting – je refusais systématiquement à cause de ce fort syndrome de l’imposteur que je ressentais. Je me disais: « je ne peux absolument pas faire ça! » Avec les années, j’ai vraiment travaillé à essayer de lutter contre ce sentiment.

J’ai réalisé que c’est moi qui m’imposais des limites. Maintenant, je recherche ces zones d’instabilité. Sur un ton beaucoup moins poétique: j’essaie maintenant de me mettre le plus souvent dans la merde possible, pour apprendre à me démerder ! Ces expériences sont toujours réjouissantes, même si elles ne sont pas toujours concluantes. J’ai appris à dire non par manque de temps ou d’intérêt, mais je ne dis plus non parce que j’ai peur. J’ai mûri comme comédienne et je veux continuer à garder l’artiste vivante en moi. Pour ce faire, j’aime rester toujours un peu inconfortable. Je recherche des collaborations avec de nouvelles personnes, de d’autres générations, pour ne pas m’assoir dans un temps et un savoir-faire, comme si les choses étaient figées. Parce que, parfois, on fait l’erreur de confondre bien-être et immobilité.

Les prochains mois seront fort occupés pour Sophie Cadieux. Elle fait la mise en scène de Fanny et Alexandre qui prendra l’affiche au théâtre Denise-Pelletier, du 30 janvier au 23 février. Elle sera en répétition sous peu pour la pièce Soifs, qui sera présentée dans le cadre du Festival TransAmériques en juin prochain. Elle fait également partie de l’équipe de La Renarde, sur les traces de Pauline Julien. Finalement, elle tient le rôle de Valérie dans la série Lâcher Prise qui en est à sa troisième saison.

 

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